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Trois trajectoires coréennes se croisent en France : Mme Byeon, Park Areum/RAJAVTAR et Vincent Ahn. Trois regards sur l’exil, la mémoire et la création, qui dialoguent au-delà des générations et des disciplines.
Mme Byeon, arrivée en France dans les années 1970 comme boursière du gouvernement français, est la première Coréenne diplômée de l’Institut international d’administration publique (IIAP), fusionné avec l’ENA en 2002. Après son diplôme de l’IIAP, elle a poursuivi un DEA à la Sorbonne Nouvelle sur la pensée de Simone Weil, profondément attachée à la condition des ouvriers, ce qui éclaire son intérêt pour les destins marqués par la violence de l’histoire et les injustices sociales. Intellectuelle et humaniste, elle s’est consacrée à la traduction de grandes œuvres coréennes contemporaines pour créer des ponts culturels entre la France et la Corée. En traduisant de vastes fresques littéraires telles que Les Monts Taebaek et Arirang, elle a transmis au public francophone la mémoire des blessures, des résistances et des espoirs du peuple coréen. Passionnée de broderie, qu’elle considère comme une « peinture en fils », elle présente ici sa collection d’œuvres artisanales et d’objets traditionnels pour inviter le public parisien à découvrir une Corée sincère, silencieuse et profondément humaine.
Park Areum et Vincent Ahn appartiennent à la vague d’enfants coréens abandonnés ou enlevés, envoyés vers l’étranger dans les années 1980 pour être adoptés, souvent privés de tout lien avec leurs origines. Chez eux, l’art devient un espace de mémoire et de reconnaissance : une manière de reconstruire ce qui a été effacé.
Park Areum / RAJAVTAR, née en Corée du Sud et adoptée en France, tisse une tapisserie de mémoire et d’identité. Diplômée du Conservatoire Maurice Ravel Pays Basque en piano classique, elle se tourne vers la peinture après un grave accident de voiture. Ses œuvres combinent aquarelle, photographie et écriture autour de la mémoire, de l’imaginaire et de la transcendance. Collaboratrice au scénario de Retour à Séoul (Cannes 2022, sorti en 2023 dans 50 pays), exposée au musée Guimet, ICA London ou FSK Kino Berlin, elle expose ici ses peintures et les petits chaussons en caoutchouc portés lors de son adoption. Professeure de yoga, initiatrice de l’« Adoption Mastermind » et du collectif artistique OKAP (Overseas Korean Art Project), l’une des premières à obtenir la double nationalité franco-coréenne, elle crée des espaces de transformation authentique.
Vincent Ahn, né en Corée du Sud et adopté en France, s’est révélé en remportant un tremplin musical (Zeconcours.tv) en 2013, rencontrant Maryjohn et Yo de Syve qui l’initient à l’écriture et au chant. Auteur-compositeur d’une quarantaine de chansons en français (La danse des grues, Le grand océan), inspiré par Bob Dylan, Renaud ou Michel Berger, il mêle légendes arthuriennes et contes de fées pour évoquer pauvreté, écologie et liens humains. De Au Magique à Kreatika, son piano et sa voix traduisent les tensions en sons et respirations, explorant absence et reconstruction.
Réunissant broderie, peinture et musique, cette exposition tisse une géographie sensible de la diaspora coréenne. Entre art et mémoire, elle célèbre la capacité humaine à transformer l’exil en lieu de création et de lien.